ARCHEOLOGIE / ARCHAEOLOGY
BOIVIN Michel

Le programme interdisciplinaire sur Sehwan Sharif

De 1996 à 2002, la Mission Archéologique Française du Sindh (MAFS) dirigée par l’archéologue Monique Kervran (CNRS) a conduit sept campagnes de fouilles dans la ville de Sehwan Sharif, dans le Sindh, la province méridionale du Pakistan qui est frontalière avec l’Inde. Elle s’est concentrée sur la colline, qui abrita une forteresse et une ville haute pendant plusieurs siècles1. Située dans une zone de contact entre l’Asie Centrale, l’Iran et le sous continent indien, Sehwan a subi de multiples invasions. Le XIIIe siècle fut marqué par les assauts répétés des armées mongoles auxquels les armées du jeune sultanat de Delhi réussirent à résister. Conséquence des invasions mongoles en Iran, un autre évènement passa inaperçu : l’arrivée d’un soufi persan, 'Uthmân Marandî (ou Marwandî), qui choisit à la fin de sa vie de s’établir à Sehwan. Après sa mort en 1274, un culte se développa progressivement en son honneur et après quelques siècles, il fut vénéré sous le nom de Lâl Shahbâz Qalandar.
La Mission Interdisciplinaire Française du Sindh (MIFS) est issue d’une équipe du Centre d’Etudes de l’Inde et de l’Asie du sud (EHESS-CNRS) consacrée à « Histoire et soufisme dans la vallée de l’Indus ». Son objectif est d’évaluer dans quelle mesure le culte de Lâl Shahbâz Qalandar a infléchi le développement de la ville2. Le programme s’appuie sur les compétences de spécialistes de différentes disciplines comme l’épigraphie, la topographie, la géographie, l’histoire médiévale et contemporaine, l’histoire de l’art et l’anthropologie. Cette approche pluridisciplinaire permettra de restituer les multiples facettes de l’interaction entre le culte de Lâl Shahbaz Qalandar et le développement de cette ville, qui est (re)devenu un centre de pèlerinage. La première étape du programme a été centrée sur la constitution d’un répertoire des sites et des monuments. Ce répertoire a été également géoréférencé à partir d’un plan de Sehwan publié en 2004 par le National Survey of Pakistan. Dans une perspective patrimoniale, on se limitera ici à une présentation rapide des principaux monuments et reliques.

1 M. Kervran, « Pakistan : Mission Archéologique Française au Sud-Sind », Archéologie : 20 ans de recherche française dans le monde, Paris, Ministère des Affaires Etrangères, Maisonneuve et Larose, ADPF-ERC, pp. 595-598.
2 La MIFS publie une lettre d’information électronique biannuelle. Voir les trois numéros parus sur http://ceias.ehess.fr/.

Le patrimoine architectural

La ville de Sehwan a été d’abord constituée par une ville fortifiée (Purana Qila) dont les premières occupations, remontant aux derniers siècles du dernier millénaire avant J.-C., forment un tépé surplombant la plaine de 30m. Au sud, la ville basse a pu se déployer au XIIIe s., mais il est impossible de savoir si cet essor a un lien avec le développement du culte de Lâl Shahbâz Qalandar, et l’édification de son mausolée au XIVe siècle. De nos jours, le fossé séparant la Purana Qila de la ville basse, ainsi que la séparation entre la ville basse et la nécropole au sud ont disparu. Un axe est-ouest divise désormais la ville basse et la ville nouvelle, où le développement urbain a parfois envahi les cimetières. On dénombre une demi-douzaine de sites et monuments importants, sachant que la ville est par ailleurs parsemée de mausolées plus modestes, et de kâfîs3. Le mausolée (mazâr) de Lâl Shahbâz a été totalement reconstruit dans les années 1970, puis partiellement dans les années 1990, après que le dôme se soit effondré. Il reste le mausolée le plus monumental.

3 Localement, le kâfî est le nom donné à l’hospice soufi généralement connu en Asie du sud sous le nom de khânaqâh.

 

Le mazar de Lal Shahbaz Qalandar
Illustration 1. Le mazâr de Lâl Shahbâz Qalandar
(photo Michel Boivin)

 

On aperçoit son dôme recouvert de feuilles d’or de plusieurs kilomètres à la ronde (fig. 1). L’entrée principale est située à l’est. Elle est précédée d’un porche en cours de rénovation qui donne accès à une cour pavée de marbre et bordée de galeries, L’entrée du mausolée proprement dit présente un pishtâq décoré de céramiques bleues, dans différentes tonalités, où sont reproduits des extraits des ghazals en persan attribués à Lâl Shahbâz Qalandar. L’îwân est surmonté d’une inscription qui donne « 'Uthmân Marandî Qalandar La'l Shahbâz ». Les côtés supérieurs et latéraux sont décorés d’extraits coraniques en caractères koufiques. Extérieurement le mausolée est de forme carré, chacun des quatre côtés ayant la forme d’un îwân, mais l’intérieur est circulaire avec le catafalque recouvert d’argent placé au milieu du cercle.
La dargâh de Bodlo Bahâr, un disciple de Lâl Shahbâz Qalandar, se trouve au nord-ouest du mazâr de Lâl Shahbâz Qalandar, dans un ancien quartier hindou. Elle a récemment été surélevée et agrandie, et surmontée d’une coupole verte. Les invocations chiites qui s’y trouvaient ont disparu. La dargâh est surtout réputée pour la danse extatique (dhammâl) que réalisent chaque soir les faqîrs vêtus de leur robe rouge. Le Pathân Kâfî, autrefois dénommé Sakhî Sarwâr, est également une construction récente réalisée dans un style plutôt clinquant. L’actuel kâfî est composé d’une dargâh monumentale construite en hauteur, avec des matériaux bon marché comme la faïence locale très colorée. La réputation du Pathân Kâfî tient surtout au fait que c’est le seul kâfî de Sehwan qui soit doté d’un langar.

 

Les mausolees de Ma sum Pak

Illustration 2. Les mausolées de Ma'sûm Pâk
(photo Michel Boivin)

 

La dargâh de Sakhî Pân Sultân est située à l’ouest de la vieille ville. Son nom serait en fait Sayyid 'Abd al-Razzâq, et il est présenté comme étant le fils de 'Abd al-Qâdir Jîlânî. ‘Abd al-Razzâq (1333-1206) fut en réalité son petit-fils, mais à Sehwan, il est considéré comme étant le père de Sayyid Muhammad et Sayyid Ahmad dont les tombes se trouvent à Ma'sûm Pâk. Le site de Ma'sûm Pâk, également connu sous le nom de Pîr Potâ, est relativement étendu. Il se trouve au sud de l’axe est-ouest qui séparait la veille ville (ou ville basse), de la ville des morts. Le site comporte deux parties distinctes : la dargâh de Sayyid Muhammad et Sayyid Ahmad, et un cimetière marqué par la présence de plusieurs mausolées qui abritent les tombes de sayyids Sabzwârîs (fig. 2). Enfin, le site de Kerbela se trouve également au sud de l’axe est-ouest. C’est ici que s’achèvent les processions de Moharram mais outre le cimetière chiite, on y trouve plusieurs petites dargâhs ainsi qu’une mosquée en ruines qui serait d’époque moghole.

Les reliques

Les objets de dévotion les plus vénérés sont sans conteste les reliques de Lâl Shahbâz Qalandar. L’une des reliques les plus significatives est sa sébile (kashkûl). Cet objet est métaphoriquement désigné par le terme de kishtî, qui signifie bateau en persan4. Son usage métonymique fait référence à une pluralité de fonctions ainsi qu’à une série de références à l’histoire locale. Pendant longtemps, Sehwan fut en effet un port fluvial de premier ordre et sa population était majoritairement composée de pêcheurs bateliers, les Mohânâs.

4 Voir l’article d’Asadoullah S. Melikian-Chirvani, « From the Royal Boat to the Beggar’s Bowl », Islamic Art, IV, 1991, pp. 3-111.

 

Le kishti de Lal Shahbaz Qalandar

Illustration 3. Le kishtî de Lâl Shahbâz Qalandar
(Conservé dans le havelî de Sayyid Murad Shâh Lakiyyarî, Sehwan Sharif)
(photo Michel Boivin)

 

Le kishtî était un attribut caractéristique des qalandars, des renonçants gyrovagues auxquels le laqab de Lâl Shahbâz le rattache. La poésie persane a tissé un discours symbolique qui fait du kishtî le vaisseau royal pour boire le vin de la connaissance divine. A Sehwan, le kishtî du qalandar constitue de toute évidence un instrument majeur de légitimation parmi les maîtres (sajjâda nashîns) et les renonçants (faqîrs). Le sajjâda nashîn qui le possède se verra reconnaître comme le chef de tous les sajjâda nashîns, et par conséquent de tous les faqîrs.
Le kishtî est conservé dans le havelî de Sayyid Murad Shâh Lakiyyarî qui se trouve à proximité du mausolée. Il peut paraître surprenant que le kishtî soit en métal ordinaire, et non pas dans un métal précieux comme l’argent. Ce métal assez pâle est peut-être de bronze blanc, ou alors il est étamé, c'est-à-dire fait d’un alliage de cuivre recouvert d’une couche d’étain, ce qui était fréquent au XVIIe siècle. La plupart des kishtîs étaient produits au XVIe s. à Golconde, mais Lahore était également à la même période un centre régional où les métaux étaient travaillés. Plusieurs cartouches contenant des inscriptions en persan sont incrustées sur les rebords du kishtî qui ne repose par sur un socle. Le principal motif décoratif est le poisson, peut-être un dauphin dont il reste quelques spécimens dans l’Indus. Le kishtî ne comporte pas d’inscriptions ou de décoration à l’intérieur. Les bords sont moyennement relevés mais il est relativement profond. Les deux extrémités se terminent par des têtes de makaras5, des monstres marins mythiques. Le makara est également la monture de Varuna, divinité des eaux, dont un avatâr, Udero Lâl, était jadis vénéré à Sehwan. Ces éléments permettent de déduire que ce kishtî appartient à une école peut être propre à la vallée de l’Indus qui se positionne entre la tradition khorasanienne et la tradition indienne tardive des kishtîs, et qui apparut au XVIe siècle et se poursuivit jusqu’au XIXe siècle.

5 Le makara est un monstre marin mythique composite ressemblant à un tapir, à un crocodile et à un poisson souvent représenté dans les arts indiens. Sur la présence de makaras sur une colonne de la Qutub Mosque de Delhi, voir F. B. Flood, Objects of Translation: Material Culture and Medieval « Hindu-Muslim » Encounter, Princeton and Oxford, Princeton University Press, p. 173, figure 106.

 

Le guluband de Lal Shahbaz Qalandar
Illustration 4. Le gulûband de Lâl Shahbâz Qalandar
(photo Michel Boivin)

Une autre relique est, contrairement au kishtî, exposée quant à elle au regard et au toucher des dévots. Il s’agit du gulûband, terme qui signifie collier en sindhî (ainsi qu’en ourdou). En guise de collier, il s’agit en fait d’une pierre qui pèserait près de trois kilos, et qui est placée dans un écrin d’argent ciselé (fig. 4). Elle est accrochée au baldaquin du tombeau et perlent des gouttes d’eau qu’on dit miraculeuses. Lâl Shahbâz l’aurait tenue de Jamâl al-Dîn Sâvî, qu’on considère généralement comme le fondateur de la Qalandariyya.

 

les sites mentionnes
Illustration 5: La répartition des sites mentionnés


A l’origine, après la tragique bataille de Kerbela, le calife Yazîd aurait contraint l’imâm Zayn al-'Abidîn à la porter autour du cou sur la route de Damas. Trois autres reliques sont objets de vénération : le 'asâ, le bâton qui symbolise sa puissance spirituelle, le gajgâh, qui symbolise les Cinq Très Purs, et la godrî, nom local de la khirqa. Les deux premiers sont exposés dans le mazâr sous la garde l’Awqaf Department6, alors que le troisième est conservé par Sayyid Murad Shâh Lakiyyarî dans son havelî.

6 Le mazâr de Lâl Shahbâz Qalandar a été nationalisé dans les années 1960, à l’instar des autres grands sanctuaires soufis du Pakistan. Il est par conséquent géré par l’Awqaf Department, qui émane du ministère du même nom.

Michel Boivin

ARCHEOLOGIE / ARCHAEOLOGY
BILYAYEVA Svitlana et Alii

In the 2005-6 season an international team under the direction of Dr. Svitlana Bilyayeva continued its study of the northern Black Sea coastal stronghold of Aqkerman. The team's common goal is to bring together archaeological and historical evidence in order to throw new light on the history of the fortress. The archaeological component includes both survey and excavation of the fortress's visible and concealed remains, while the historical component utilises documents relating to its construction and repair and rebuilding primarily drawn from the Ottoman archives in Istanbul. Funding from the Fondation van Berchem, augmented by a grant from the British Institute of Archaeology in Ankara, is enabling this previously under-resourced interdisciplinary project to be planned and carried out more effectively than before. Participants are drawn from Canada, Turkey, Ukraine, UK, and USA.
Aqkerman fortress (long. 30.35; lat. 46.20, Fig.1), one of the most remarkable monuments of the Black Sea region, today stands in Ukraine, close to the Moldovan border. It is situated on a promontory 10 km within the liman, or estuary, of the Dniester River. The main part of the fortress is built on top of ancient Tyras, a Greek colony of Miletus in Anatolia, some remains of which have been excavated and are visible outside the walls. At various times Aqkerman was held by the Romans, Byzantines, Ruthenians and Genoese, and by the end of the 14th century the fortress was in the hands of the principality of Moldavia.

 

Plan of Aqkerman defensive complex

Fig.1 Plan of Aqkerman defensive complex, 1955. A = citadel; B = northern or garrison yard; C = southern or civil yard, D = port yard. 1-30 = towers of the fortress (Marianna Slapac, Belgorod-Dnestrovskaja krepost': Issledovanie oboronnogo zodchestva [Chisinau: ARC, 2001], p. 90)


In 1484, Aqkerman was conquered by the Ottoman sultan Bayezid II and for more than three hundred years, until the Russians took it early in the 19th century, remained an Ottoman possession. Over the centuries the Ottomans fortified their northern frontier with a chain of massive strongholds intended to protect the Black Sea and the sultan's territory beyond from interlopers from the steppe. These strongholds once stretched in an arc from the Danube to the Sea of Azov, but from the end of the 18th century, following the victory of the Russian Empire over the Ottomans, many of them were razed. Aqkerman is probably the best preserved. The current campaign is the first that has focused on the Ottoman occupation of the site. Previous archaeological work at the fortress has ignored or deliberately destroyed remains from these centuries, and it has long been denied that there were any significant Ottoman building works at Aqkerman.
The circumference of Aqkerman fortress is over 2 km; on its landward side it is surrounded by double walls and a ditch 13 m deep. Thirty out of 34 towers are preserved until today. Within the fortress, the medieval citadel is situated to the north and all but encircled by an enclosure known as the garrison yard. To the south of this is a larger enclosure known as the civil yard, and to the west, along the Dniester shore, a third enclosure referred to as the port yard (Fig.2).

 

Geodesic plan

Fig.2 Geodesic plan of the central part of the Port yard.


The archaeological investigations undertaken in June-September 2006 concentrated on the port yard, where Ottoman structures had been discovered in previous years. In particular, a hamam, or bath house (Fig.3), situated on the east side of the port yard close by the gate giving access to the garrison yard, was excavated (by the Turkish team under Prof. Bozkurt Ersoy). The walls of the bath house, some of which are preserved up to 2.5 m above the original floor of the caldarium (sicaklik), have been revealed down to the level of the solid rock upon which the fortress stands. The layout, materials and GPS survey of the bath house suggest that it dates from the sixteenth century. Documentary evidence adduced by the historical team (Dr. Caroline Finkel and Dr. Victor Ostapchuk), in the form of a sultanic edict from 1576, seems to confirm this date.

 

Bath house

Fig.3 Bath house (hamam), general view


The barbican, which is situated on a promontory on the shore, was a major object of attention, as it will continue to be in 2007. Its layout was revealed to show that it includes at least two rooms and a tower; some traces of a fireplace were discovered (fig. 4). Of particular note was the identification of an external gateway to the shoreline in the south wall of the barbican, and the passageway that would have led from the shore into the port yard (hence the designation 'barbican'). For the first time the plan of the barbican is becoming clear and analysis of its architectural remains is providing the basis for understanding its building chronology and its functional relationship to the larger fortress. The correlation of building structure, architectural remains and cultural remains are providing us with evidence for establishing when the port yard was constructed. Preliminary indications are that it is the result of Ottoman building activity in the 16th c.

 

Bath house hamam

Fig.4 Bath house (hamam), general view


This season thousands of artefacts were found in the barbican, bathhouse and port yard in the course of surface survey and excavation. Some are pre-Ottoman, dating to the 13th-15th c., and originate from a wide area of the Black Sea region including the coast of modern Ukraine: ceramics in the sgraffiato technique, and of the so-called Miletus group, show the influence of Anatolian types. Most artefacts, however, are from the Ottoman period, and include items of clay, metal, glass, stone and other materials. Ceramics predominate, and include pottery of local production such as unglazed, monochromic and polychromic kitchen ware; dining ware with green, yellow and brown glaze; and tiles. Imports of Iznik and Kütahya manufacture are represented by plates and dishes of semi-faience, and faience ware for tea and coffee. All periods are represented. The wide geographical spread of imports is shown by the presence of Chinese porcelain. Numerous faience and china cups have letters on the bottom, presumably indicating the maker's mark. There were also candles of different types, the surface of which were covered by green or brown glaze and unglazed and glazed tiles. A significant part of the Ottoman finds is represented by hundreds of tobacco pipes of the 17th-18th c., covered by slip, some with stamps (letters, rosettes, and images of birds or fish). Ukrainian glazed tobacco pipes and ware were also found. Metal items are of iron, bronze, silver and lead; they include coins, horseshoe nails, moulds for bullets, buttons, belt buckles, kettles, etc., some of which are brilliant examples of metal work and richly decorated. Further finds are of glass (vessels, adornments, window glass), stone, and bone.
The GPS survey of the entire fortress was begun, using a Trimble R-3. This has so far produced detailed plans of the port yard, including the barbican and bath house. In 2007, priority will be given to the complete survey of the curtain walls, towers and the ditch beyond which was started, but has not yet been completed owing to lack of time. A fulltime survey team will be assembled, and we hope also to survey with laser scanner and conduct a resistively survey for buried structures in 2007.
A preliminary architectural survey of the fortress was undertaken by a specialist on fortifications (Dr. James Mathieu). Working from the 1955 plan of the site, he found numerous discrepancies between this and the current situation. He also completed a photographic survey of the walls and ditch. Our goal is to understand the construction phases of the various parts of the fortress, identifying probable dates for construction and/or modifications, and acquire an understanding of how the fortress functioned in different periods. The completion of the GPS survey of the fortress will provide an opportunity to match the surviving architectural remains at Aqkerman with detailed historical information currently being gleaned from Ottoman documentary sources by the historical team.

Barbican general view
Fig.5 Barbican, general view

The historical team has been concerned with locating and photocopying archival documentation relating to both new construction and also repair and rebuilding work of the Ottoman period. Very little material relating to the Ottoman centuries at Aqkerman was previously known, and much new documentation has now been found. The documents in question may be descriptive or quantitative: the descriptive documents refer, for instance, to the fact that building works are necessary, but do not provide estimate of costs or precise extent of the proposed works, while quantitative documents refer to either precise appraisal of possible building works, including cost, or accounting for works completed. Specific locations or features of the fortress, such as named towers and gates, are mentioned in both classes of document, while the quantitative documents also detail the physical extent of the feature that is to be newly constructed or repaired or rebuilt, along with the materials to be employed, and much more. The participation of a fortress specialist this season has enabled us to localize some of the towers (kule) of the fortress that are referred to in the Ottoman documentation, and establish that there are apparently no extant traces of the features referred to as 'bastions' (tabya). We hope to be able to widen our search for material relating to Aqkerman to maps and plans and other documents in Russian and Ukrainian archives.

Dr. Svitlana Bilyayeva
Dr.Caroline Finkel
Prof.Victor Ostapchuk

ARCHEOLOGIE / ARCHAEOLOGY
AILLET Cyrille

NOUVELLES RECHERCHES SUR SEDRATA
ET LE BASSIN DE OUARGLA À L’ÉPOQUE MÉDIÉVALE

Sedrata se situe à environ quatorze kilomètres au sud de Ouargla, dans le Sahara algérien septentrional. Le site, en grande partie ensablé même si certains vestiges affleurent encore, s’étire sur plus de deux kilomètres de long sur six cents mètres de large. Ce périmètre fait partie d’une aire de peuplement plus vaste occupant le lit de l’oued Mya sur une étendue d’environ soixante kilomètres, fermée au nord par le qsar de N’Goussa et la Sebkhet Safioune, et au sud par le relief tabulaire de la Gara Krima (à six kilomètres au sud de Sedrata). Sur cet espace s’étendait le « pays de Ouargla » dont les sources médiévales évoquent la prospérité, et dont les légendes rapportées par les explorateurs du XIXe siècle affirment qu’elle comptait une centaine de « villages ». La présence d’importantes ressources aquifères explique que cette oasis ait été jadis la plus grande palmeraie d’Algérie, et que la culture du blé y ait été pratiquée au XIIe siècle. Nœud fondamental du commerce transsaharien, la région aurait vu transiter l’or du « Soudan » jusqu’au XIIIe siècle avant de s’affirmer jusqu’à l’époque moderne comme une étape importante pour la traite des esclaves.

Si l’on ignore à peu près tout de l’histoire et du peuplement de ce pôle saharien avant cette date, on sait en revanche qu’il accueillit le dernier souverain rustumide après la prise de Tâhert par les Fatimides en 909. L’imâm Ya'qûb b. Aflah, dont la tombe supposée fait l’objet d’un pèlerinage annuel actif, aurait décidé d’abandonner son titre au profit d’un gouvernement collégial, modèle systématisé au sein de l’archipel ibâdite au XIe siècle sous la forme de la halqa des oulémas et de la gamâ'a des notables. Du Xe au XIIIe siècle, Warglân connut son premier essor en devenant l’un des principaux foyers d’implantation et de culture ibâdites au Maghreb. Ce rayonnement, dont Sedrata est sans doute le témoin le plus éloquent, attira les convoitises extérieures : assiégée par les Fatimides en 909, l’oasis fut rattachée au domaine hammâdide entre les années 1080 et le milieu du XIIe siècle, tout en gardant une large autonomie. Au XIIIe siècle, cette pression extérieure se renforça : les sources évoquent les destructions infligées par les Banû Gâniyya en 1228, et la tradition leur impute l’abandon de Sedrata. De fait, peu de temps après, lorsque le souverain hafside de Tunis entre à « Warglân », la ville où il fait construire une grande mosquée correspond sans doute au site actuel de Ouargla. Tandis que la communauté ibâdite locale semble péricliter et se replier dans le Mzâb,, Ouargla perd aux siècles suivants son rôle prééminent de « porte du désert » au profit de nouveaux centres comme Touggourt.

L’histoire de ce pôle saharien doit reposer sur une lecture des sources arabes, négligées jusqu’ici, mais elle doit aussi s’écrire à l’aide de l’archéologie qui a fait de Sedrata son objet de prédilection entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle. L’œuvre de Marguerite van Berchem se détache de ces travaux discontinus par son effort de compréhension globale du site, qu’elle tenta de sortir de son isolement et de replacer dans le contexte des espaces agraires environnants grâce à des méthodes innovantes pour son époque : photo-interprétation, prospections hydrologiques, observations malacologiques. En revanche, on ne peut que déplorer l’absence totale d’analyses stratigraphiques et muraires, qui auraient sûrement apporté les éléments de réponse qui nous font défaut aujourd’hui. Malgré les sondages et le relevé topographique effectués par A. Hamlaoui, archéologue algérien récemment disparu, notre connaissance de Sedrata dépend encore entièrement de ses travaux publiés, dont le dernier date de 1965. La présence à Genève d’un important fonds d’archives concernant les fouilles de Marguerite van Berchem à Sedrata constitue donc un atout précieux pour des recherches futures. C’est pourquoi nous avons entrepris l’étude critique et la publication du manuscrit sur lequel la chercheuse a travaillé toute la fin de sa vie : Sedrata, un chapitre nouveau de l’histoire de l’art musulman. Missions d’étude et campagnes de fouilles au Sahara, 1950-1956. Même incomplet, il contient une matière nouvelle et s’appuie sur une volumineuse documentation inédite : correspondance, carnets de fouilles, documents d’archives, inventaires, croquis et dessins, et surtout une riche collection de plus de six-cents clichés, souvent légendés. À cela s’ajoutent des plans de bâtiments et surtout le plan d’ensemble du site, réalisé à partir d’un photo-montage de plusieurs centaines de clichés aériens dont certains laissent déceler des structures hydrauliques et des parcellaires aujourd’hui difficilement visibles.

L’exploitation de ces données, complétée par des visites sur le terrain, a porté en premier lieu sur la compréhension de l’organisation interne du site. Sedrata comporte au moins trois zones de peuplement, unies par un dense réseau de communication, auxquelles s’ajoutent des « bordjs » périphériques sur lesquels il existe peu d’informations. Le noyau principal, au sud, est enserré par une enceinte polygonale flanquée de tours saillantes dont le tracé n’a été que partiellement reconnu. Une trame compacte de constructions – parmi lesquelles trois maisons ont été fouillées (photos 1 et 2) – occupe cet espace, pourvu d’une grande mosquée que l’on connaît très imparfaitement. Au nord, sur une hauteur, s’élève un autre ensemble, également entouré d’une enceinte et dont le centre renferme un bâtiment profusément décoré de stucs sculptés (photo 3). Surnommé le « palais aux trente quatre pièces » par ses fouilleurs, son plan global nous échappe faute de relevés et de descriptions précises. Le troisième groupe, à moins d’un kilomètre au nord-est du premier, comporte une grande enceinte de forme rectangulaire, dont l’entrée est flanquée d’une grosse tour d’au moins deux étages. Les pièces fouillées autour de la cour centrale possédaient un abondant décor de stucs. À proximité, plusieurs bassins ont été tantôt identifiés aux éléments d’un hammâm, tantôt à un répartiteur d’où partiraient des canaux d’irrigation. Au pied de ces deux agglomérations s’étendaient des palmeraies de culture mixte, dont le parcellaire se repère sur les photos aériennes anciennes. Enfin, au sud du premier ensemble se trouve le cimetière, aujourd’hui encore bien visible (photo 4), où les tombes – dont quelques-unes ont été fouillées par M. Faucher – semblent regroupées par enclos.

 

Les silos a dattes 1

Photo 1 : Les silos à dattes de l une des maisons du qsar principal lors des fouilles de Marguerite van Berchem
(Fondation Max van Berchem, Genève).

 

Les silos a dattes 2

Photo 2 : Les silos à dattes de l'une des maisons du qsar principal dans leur état actuel
(cliché Y. Montmessin, mai 2011).

 

Qsar du nord

Photo 3 : Qsar du nord, bâtiment central orné de stucs, dont certains fragments sont encore visibles de nos jours
(cliché Y. Montmessin, mai 2011).

 

Tombes

Photo 4 : Tombes en timchent du cimetière de Sedrata. On aperçoit la « tombe » de l'imam Ya qub au second plan
(cliché Y. Montmessin, mai 2011).

 

Le complexe troglodytique

Photo 5 : Le complexe troglodytique de Kehef el-Sultan
(cliché Y. Montmessin, mai 2011).

 

De l’interprétation de ces données souvent partielles découlent plusieurs interrogations. L’organisation urbaine de Sedrata – centre polynucléaire ou ville éclatée – reste à préciser. Les photographies de la Fondation nous serviront de support pour tenter de mieux définir le vocabulaire stylistique du site, aussi bien du point de vue de l’architecture que des décors en stuc, et de le resituer au sein des grands courants de l’art islamique. Par ailleurs, une réflexion sur les structures hydrauliques et agraires s’avère indispensable si l’on veut comprendre le fonctionnement de ces qusûr en milieu aride, voire les causes de leur abandon – brutal ou progressif, cela reste à voir.

Afin de désenclaver Sedrata, nous avons aussi entamé un travail de localisation des autres habitats dépeuplés signalés par les explorateurs du XIXe siècle. Les auteurs médiévaux précisent que «Warglân » était formé de plusieurs «qusûr», et les traditions orales récoltées à l’époque coloniale affirment que Sedrata coexistait avec d’autres « villages ». Bien que l’urbanisation galopante recouvre progressivement le fond de l’oued, nous avons repéré trois sites relativement préservés. La Gara Krima, dont la fonction de refuge et de défense est attestée dès le Xe siècle, conserve à son sommet un puits qui traverse la roche sur quatre-vingt dix mètres, ainsi que des structures denses mais très érodées. La forteresse de Ba Mendil occupe quant à elle le sommet d’une butte témoin au nord-ouest de Ouargla. Elle servait de caserne vers 1878, mais sa structure tripartite pourrait témoigner de plusieurs phases d’occupation, dont certaines peut-être anciennes. Enfin, le complexe troglodytique de « Kehef al-Sultan » (photo 5), exploré par V. Largeau, nécessiterait une étude précise pour déterminer sa chronologie relative, ses fonctions (habitat, refuge, grenier de falaise, lieu de retraite religieuse) et ses liens avec les sites avoisinants, dont Sedrata. La reconnaissance des établissements anciens de la cuvette de Ouargla n’est donc pas une tâche aisée. Seules des études détaillées, incluant relevés planimétriques et sondages stratigraphiques, pourraient apporter des éléments de réponse sur leur fonctionnalité et sur la culture matérielle qui leur est associée.

Cyrille Aillet (Université Lyon 2, CIHAM-UMR 5648)
Patrice Cressier (CNRS, CIHAMUMR 5648)
Sophie Gilotte (CNRS, CIHAM-UMR 5648)

ARCHEOLOGIE / ARCHAEOLOGY
BAIPAKOV Karl

« Nous atteignîmes la grande ville de Kajlak dont le marché est fréquenté par de nombreux marchands ». C'est le début du récit de Wilhelm van Rubrouck, un moine franciscain envoyé en ambassade par le roi Louis IX, qui décrit ainsi la plus grande ville de la vallée de l'Ili au Moyen-Age.
A la tête de l'ambassade du roi français, ce missionnaire instruit et énergique avait été envoyé en Mongolie pour tenter de s'attacher l'aide des Mongols dans une croisade contre l'Islam. Van Rubrouck débuta son périple en mai 1253 et rentra en Europe en 1256. Il raconta son voyage en détail, et son journal de voyage, qui rencontra un intérêt croissant, fut reproduit à plusieurs reprises. Van Rubrouck passa 12 jours à Kajlak. Dans son récit, il décrit la ville et les temples visités.

La cité médiévale de Kajlak est située dans le nord-est de la Semiretchie, à environ 470 km au nord-est de Taldy-Kurgan, à l'est du village moderne d'Antonovka (Kojlyk). C'est le plus grand site médiéval de la vallée de l'Ili. La ville est connue dans des sources historiques des XIe-début du XIIIe siècle comme la capitale du Karluk Jabgu, une possession indépendante des Turcs Karluks dans le Khaqanat Karakhanide.

Le site fortifié est entouré d'une muraille de 3,5-4,5 m de hauteur. La cité médiévale de Kajlak a la forme d'un quadrilatère irrégulier dont les coins sont orientés en direction des quatre points cardinaux. Le mur nord-est mesure environ 1200 m, celui du sud-ouest 750 m. La partie sud-est de la ville est adossée à la montagne. Des tours rondes fortifiées sont construites tous les 35-40 m le long de la muraille. Certaines d'entre elles mesurent encore 6 à 8 mètres de hauteur. A proximité de l'angle occidental du site, un tell - la partie centrale du site ou une citadelle - forme un rectangle de 100 mètres sur 115 sur une hauteur de 3 mètres. Les portes de la ville se trouvaient au nord-ouest, au nord-est et au sud-est.

A l'intérieur des murs, le vaste espace de la ville est couvert de monticules et de dépressions, correspondant aux restes de constructions disparues. Dans la partie orientale, en particulier, se trouvent de nombreuses ruines, des monticules de forme carrée, rectangulaire ou triangulaire. Aujourd'hui encore, on peut voir les traces d'une urbanisation avec des rues et des ruelles.

Le dégagement d'un des monticules a permis de recueillir des informations sur la stratigraphie du site. La couche supérieure, de l'humus, laisse la place à une couche de 30 cm d'épaisseur de couleur grisâtre. Des fragments de poterie vernissée turquoise, des vases à socle élevé de couleur bleu-vert avec des reflets métalliques et de la céramique sans dessin ni vernis ont permis de dater ce niveau des XIIIe-XIVe siècles.
Dans la couche inférieure, à une profondeur de 3 mètres, deux pendants de ceinture à perforation en forme de coeur, de la vaisselle recouverte d'un engobe rouge avec des impressions en forme de soleils et une lampe à bec cannelé ont été retrouvés; ces découvertes ont permis de dater avec précision la couche inférieure de Kajlak des IXe-Xe siècles.

Les recherches archéologiques ont mis au jour plusieurs structures qui ont été étudiées :

  • un prétendu "temple bouddhiste", vraisemblablement visité par W. van Rubrouck (fouilles de 1998-2002)
  • la "Ferme des hommes riches", un manoir opulent du XIIIe siècle (fouilles de 1999-2000)
  • un complexe d'habitations sur la citadelle (fouilles de 1999)
  • une maison de bain de type oriental - un hammam (fouilles de 2001-2002).

Le hammam, qui a fait l'objet de deux ans d'études, est décrit ici plus en détail. Ses coordonnées, relevées par GPS (Global Positioning System), sont les suivantes :
N 45° 39.642¢
? 080° 15.619¢
~ 647 m au-dessus du niveau de la mer

Le niveau supérieur des murs en brique de cette construction, enfoui à une profondeur de 50 cm, a été dégagé. Le plan de base du bain forme un rectangle de 11,36 sur 8,9 m, avec sept pièces disposées autour d'un hall central en forme de croix et un tambour d'entrée sur le côté est de l'édifice. Le plan en croix est typique de ces constructions. Les coins de la structure sont orientés en direction des quatre points cardinaux. (Ill. 1, 2). Il est vraisemblable que, dans la partie nord du hammam, un iwan ouvrait sur une cour.

 

Kajlak Hammam

Ill. 1. Kajlak. Hammam vu de l'est

 

Kajlak plan du hammam

Ill. 2. Kajlak. Plan du hammam

 

Sur les sept pièces, cinq possédaient des bains de différentes tailles dans leur partie septentrionale. Deux d'entre elles ont été interprétées comme des salles chaudes, deux autres comme des tepidaria, la dernière étant dévolue aux soins corporels. Une autre pièce servait de salle technique avec un réservoir rond pour chauffer l'eau (diamètre 127 cm environ, épaisseur des murs 12 à 14 cm) et deux pièces étaient vraisemblablement utilisées pour les massages.

L'entrée principale se trouvait sur le côté est. Il s'agissait d'un tambour de 224 cm sur 80 cm construit le long du mur sud-est de la pièce No 1. Le corridor débutait par une marche de 15 cm de hauteur combinée à un alignement de briques (26-26,5 ? 26-26,5 ? 4,5 cm) en trois couches. Du corridor, un passage de 90 cm de large menait à la salle No 1 (280 ? 210 cm) qui possédait un petit bassin (100 ? 50 cm) de plus de 40 cm de profondeur.

Un étroit passage (56 cm), aménagé dans le coin ouest, menait de la pièce No 1 au hall central (No 5 - 330 ? 370 cm) qui s'ouvrait sur toutes les autres pièces du hammam. Une large porte de 141 cm conduisait à la salle de massage No 2 (219 ? 213 cm, au sud-est); un étroit passage de 50 cm menait à la salle technique No 3 (280 ? 270 cm). L'entrée de la pièce No 6 mesurait 144 cm de largeur; cette dernière contenait un bassin de 206 ? 50 cm, d'une profondeur de 30-40 cm. Il était possible d'atteindre la salle No 4 (273 ? 175 cm), au nord-est, à travers un passage de 133 cm; le bassin mesurait 175 x 70 cm, avec une profondeur de 30-45 cm. Deux pièces servaient aux ablutions (No 7 et 8, au nord-ouest) avec des bassins de belle taille : une large porte séparait la pièce No 7 du hall, une étroite la pièce No 8 du hall. Les dimensions exactes de ces passages est difficile à déterminer avec précision en raison de tranchées sauvages qui ont détruit le mur délimitant les portes. Il est toutefois possible de deviner, avec une quasi certitude, leurs dimensions relatives. La pièce No 7 faisait 350 sur 220 cm, la No 8, 369 sur 275 cm. Toutes deux comportaient de grands bassins de 100-113 ? 210 ? 225 cm.
La première salle du complexe servait vraisemblablement de vestiaire et de salle d'eau pour les soins corporels préliminaires. Elle avait une température modérée et un profond bassin pour laver les pieds et les corps. Elle précédait le hall central qui servait de salle de massages et de prières. La pièce No 2, adjacente au hall central, avait les mêmes fonctions. Le réservoir de la salle technique No 3 (Ill. 3) fournissait aux utilisateurs du bain de l'eau chaude qu'ils pouvaient transporter dans d'autres pièces pour des usages divers. Les deux pièces No 4 et 6 avaient des bassins de taille moyenne (Ill. 4). Les salles No 7 et 8 servaient aux ablutions. Les pièces étaient réparties en salles chaudes, salles froides et tepidaria.

 

Kajlak reservoir chaudiere

Ill. 3. Kajlak. Réservoir-chaudière de la salle N°3

 

Kajlak bain

Ill. 4. Kajlak. Bain de la pièce N°4

 

Une analyse préliminaire des canalisations (Ill. 5, 6, 7) montre que l'eau qui alimentait le hammam provenait d'une source se trouvant dans la montagne. Un système de canaux amenait l'eau à la ville et, en particulier, au bain où un réseau de tuyaux construits à l'intérieur des murs fournissait l'eau nécessaire au fonctionnement du hammam. La pression naturelle de la source semble avoir été suffisante pour alimenter la ville. 

 

5 Kajlak canalisations

Ill. 5. Kajlak. Canalisations

 

6 Kajlak canalisations

Ill. 6. Kajlak. Canalisations

 

7 Kajlak canalisations

Ill. 7. Kajlak. Canalisations

 

Le système d'égout était plutôt primitif : des canaux d'évacuation des eaux usées se trouvaient dans le sol à côté des tuyaux de chauffage. Les canalisations doivent encore faire l'objet de recherches complémentaires.Sur la base de l'étude des céramiques et de la typologie des hammams étudiés en Eurasie et dans le Moyen-Orient, il est possible de rapprocher la maison de bain de Kajlak du type des hammams orientaux classiques des XIIIe-XIVe siècles.

Karl Baipakov et Dmitriy Voyakin
Institut d'Archéologie de la République du Kazakhstan
Département des études nomades et urbaines

ARCHEOLOGIE / ARCHAEOLOGY
MULLER-WIENER Martina

ARCHAOLOGICAL SURVEY OF AL-HÎRA/IRAQ

Fieldwork campaign 2015

The historical site of al-Hîra is located to the east of al-Najaf and to the south of al-Kûfa in south-central Iraq. It covers some 25 square kilometres on the easternmost end of a rocky bluff stretching in northwest-southeast direction. The foundation of al-Hîra probably goes back to the 3rd century, when a change in the course of the Euphrates resulted in a shift of the major branch of the river to the west. In the 5th and 6th centuries al-Hîra became the capital of the Arab Lakhmid rulers. Under their domination the city developed its proverbial splendour that was still praised by the Arab poets in the 9th and 10th centuries. In the year 633 al-Hîra was taken by the troops of the Muslim general Hâlid ibn al-Walîd. Only six years later, in 639, the garrison town of al-Kûfa was founded nearby. Whereas al-Kûfa subsequently developed into one of the centres of early Islamic Iraq, the sources indicate that al-Hîra continued to exist until the 10th century at least. After its final abandonment the relics of the city went into decay but they have never been transformed by construction activities until recently. Today a considerable part of the area of ancient al-Hîra has been built over and the rapid growth of al-Najaf threatens the undisturbed areas that remained.

Whereas the history of al-Hîra has been the subject of several studies[1], archaeological research on the ground has been restricted to excavations of isolated structures, which were published in preliminary reports or remained unpublished. In contrast to this the present project pursues an integrated approach focussing on questions of settlement development and urban context and seeking to provide data for the definition of areas of high heritage value that should be protected and further investigated archaeologically in the near future. Relevant data are acquired by the evaluation of satellite images, aerial photographs and map data, by the topographical identification of previous excavations and a comparative review of their results and by a survey of still undeveloped areas and adjacent zones extending to the south and southeast of present day Najaf and Kufa. The project is carried out in cooperation with the Department of Antiquities, Najaf, the German Archaeological Institute (DAI), and the Berlin Institute of Technology (TU) and supported by the University of Kufa.[2]

Considering that archaeological work at al-Hîra started in 1931, it is not surprising that the conclusiveness and informative value of the available data varies greatly. This refers in particular to the earliest explorations and soundings. Their exact position remains vague or even unknown. Another difficulty is that pottery and small finds were documented very briefly if at all. Against this backdrop one objective of our work was the definition of exact geodata and mapping of all sites of previous archaeological activities on georeferenced satellite images. Based on a close analysis of the respective reports and their synchronisation with satellite images, a preliminary map was produced. During the survey the data were checked on the ground and the map was corrected if necessary. In addition, archaeological sites identified in the Archaeological Atlas of Iraq (Tulûl Kunaidira, Tell al-Khwarnaq) and sites that were known or subject to investigations by Iraqi colleagues in 2007, 2009, and 2011 were added.[3] The resulting map (fig. 1) shows the location of 10 archaeological sites or groups of mounds, with the exception of the excavation conducted by the Oxford University Team in 1931. While it was possible to identify an area that most probably contains the Oxford mounds, due to the disturbed nature of the surface, it was not possible to confirm this on the ground.

Linked to the mapping program was the reassessment and (re)interpretation of the available data about small finds according to the present state of knowledge. Based on the combination and comparative analysis of this body of evidence, a first working hypothesis was put forward. Accordingly, the earliest traces of usage and settlement activities are found in the more easternmost findplaces such as Maqbarat Abû Sukhair, Maqbarat Umm Khasham and Tell Satih (MAS, MUKh and TS on fig. 1). With respect to Maqbarat Abû Sukhair, a chronological outline from the 1st to the 5th century AD has been proposed, whereas the majority of graves belong to the 4th and 5th centuries.[4] The sites further to the west (Airport excavations 2007-2011, AE on fig. 1) revealed finds indicating a dating between the 6th and 8th century.[5] Finally, the re-examination of the material from the brief French expedition (FE on fig. 1) published by M.-O. Rousset together with the finds from the Oxford excavations kept in the Ashmolean Museum revealed that the pottery from the survey dates to the 7th and 8th centuries exclusively.[6] In contrast to this the Oxford excavations produced pottery-types datable to the 8th century as well as types that are characteristic for the 9th and 10th centuries. This preliminary synopsis seems to indicate a shift of settlement activities from east to west resulting in the spatial juxtaposition of different use phases.

One of the objectives of the survey is the testing and verification of this working hypothesis by enlarging the investigated area and the systematic collection of diagnostic finds. For the survey, five areas were defined in advance: the area on the edge of the Bahr Najaf, between Maqbarat Abû Sukhair and Kharâ'ib Sadir (MAS, TKh, KhS in fig. 1), the zone around the archaeological sites in the area of al-Najaf International Airport (AE), the area around the Tulûl Kunaidira (TK) and the area of the former French expedition (FE). Due to the limited time, not all of the predefined areas were surveyed completely during this campaign.

 

Fig.1

Fig. 1 Total area of al-Hîra Survey (broken line); red dots: sites previously investigated or listed in the Iraqi Archaeological Atlas; black dots: no previous achievements. MUKh = Maqbarat Umm Khasham, TS = Tell Satih, MAS = Maqbarat Abû Sukhair, TKh = Tell al-Khwarnaq, KhS = Kharâ'ib Sadir, TT = Tell Ta'arîzât, TK = Tulûl Kunaidira, AE = Airport excavation, DM = disturbed mound, FE = French expedition (Google Earth satellite image, modified by U. Siegel).

 

The survey was carried out from the 6th to the 14th October 2015. Due to the different nature of the areas and sites investigated, surveying was conducted following two different methods. Sites of restricted extension such as those on the edge of Bahr Najaf were surveyed intensively. This is to say that the team members walked in a distance of 5-10 meters. For areas of broad expanse such as those to the south and within al-Najaf Airport a different strategy was developed. The team members walked regular tracks roughly in north-south direction, taking into account ground conditions. The width of each surveyed field was approximately 200 m, the length of the tracks varied between 300-500 m. The surveying comprised the collection, documentation and evaluation of diagnostic pottery, stucco, glass and slag, the systematic description and mapping of architectural remains (mounds, tells) and of topographical features with GPS, including disturbed areas. The resulting data are combined, evaluated and presented in the form of site sheets and area sheets.

The condition of the various surveyed areas varies considerably. Consequently the informative value of the data obtained is fairly different. The entire edge of the Bahr Najaf is severely disturbed by settlement and constructions activities as well as by erosion. The surface shows little traces of historical structures, the amount of surface finds is comparatively low. The area of the former French expedition is likewise partly settled and cultivated, though there is much surface pottery, among them moulds, wasters and slag indicating productions sites. Interestingly, only this area revealed moulds and moulded pottery. The most interesting results were obtained from the extensive surveying within the precincts of al-Najaf International Airport and to its south (fig. 2). Even if these areas are partly disturbed by former agricultural cultivation and some mounds were partially levelled in order to install military positions, it was possible to trace surface features indicating architectural structures and to collect meaningful numbers of diagnostic finds, among them two stucco plaques with incised and coloured decoration representing a cross (fig. 3). The evaluation process is still underway, but it is already quite obvious that the settlement layout consists of groups of building clusters and that areas of open space separated these clusters. In this respect our results confirm the descriptions given by the text sources. The survey also demonstrated, however, that remains of building and settlement activities cover wide areas around and beyond the clearly visible high mounds. The still ongoing mapping of the sites on georeferenced satellite images demonstrates this clearly. The finds collected from the area indicate a dating between the 6th and 8th centuries.

 

Fig.2

Fig. 2 Surveyed areas located within the precincts of al-Najaf International Airport and to its south (Bing maps satellite image, modified by M. Gussone).

 

Fig.3

Fig. 3 Stucco plaque with incised and coloured decoration.

 

We express our thanks to the Max van Berchem Foundation for its generous support. The very interesting results encourage us to envisage the continuation of the survey and its expansion by way of geophysical investigations in the near future.

Martina Müller-Wiener (University of Bonn)
Ulrike Siegel (DAI Berlin)
Martin Gussone (TU Berlin)
Ibrahim Salman (DAI Berlin)


[1] Most recently I. Toral-Niehoff, Al-Hîra. Eine arabische Kulturmetropole im spätantiken Kontext, Leiden/Boston 2014, with an extensive bibliography listing relevant earlier studies.

[2] We express our heartfelt thanks to the head of the Najaf Directorate, Muhammad Hadi Bidan al-Mayali and his collaborators during the survey, Walid Matar and Wissam Abd al-Hussein, to Margarete van Ess (second director of the Oriental Department of the German Archaeological Institute), Alaa al-Lami (University of Bagdad) and Nabeel al-Mezel (University of Kufa) for their great support and the mutual scientific exchange.

[3] We thank the Department of Antiquities, Najaf, for providing access to the field reports and the field directors, Shakir al-Jabari and Diya Abd al-Hasan for their valuable indications.

[4] M. Negro-Ponzi Negro-Ponzi, Mesopotamian Glassware of the Parthian and Sasanian Period: Some Notes, in: Marie-Dominique Nenna (ed.), Annales du 16e Congrès de l'Association Internationale pour l’Histoire du Verre, Nottingham 2005, 143-144.

[5] The unpublished reports do not provide any dating except for a general ascription to the period of al-Hîra. The proposed dating is based on personal inspection of parts of the pottery finds by M. Müller-Wiener in February 2014.

[6] Rousset, M.- O., Quelques précisions sur le matériel de Hîra (céramique et verre), in: Archéologie Islamique 7 (1997), 19-55